Rapport d'expérience sur l'opération du cancer de la prostate
Cancer de la prostate

Entre perte de contrôle et nouveau départ, le parcours d’Éric après l’opération de la prostate

Après l’opération du cancer de la prostate, rien n’était plus comme avant: incontinence, impuissance et perte d’estime de soi ont plongé Éric dans une profonde crise. 

Aujourd’hui, il en parle ouvertement et souhaite encourager les autres à poser des questions et à bien réfléchir avant de prendre des décisions.

 

L'histoire d'Eric

«Heureusement, ma femme est plutôt du genre câlin et la sexualité compte peu pour elle. Sinon, nous aurions probablement un problème », dit Éric. Ce septuagénaire, qui souhaite rester anonyme pour des raisons personnelles, aborde ouvertement des sujets qui touchent de nombreux hommes après une opération du cancer de la prostate, mais qui sont rarement évoqués: incontinence, perte d’érection, doute. «Au fond, il s’agit de la perte de la masculinité», résume Éric.

En 2021, lors d’un examen de routine, un taux de PSA élevé a été détecté chez Éric. Six mois plus tard, ce taux ayant continué d’augmenter, des investigations plus approfondies ont été menées, avec pour diagnostic un carcinome prostatique. Éric avait une petite tumeur à croissance lente, sans métastases. «En réalité, c’était de la chance dans le malheur», dit-il. En effet.

Malgré la faible agressivité de la tumeur, les médecins ont voulu l’opérer immédiatement. Les alternatives, se remémore-t-il, ont très peu été évoquées. Il a perçu le tout dans un brouillard d’angoisse et d’incertitude. «J’étais naïf, je n’ai pas demandé quelles pouvaient être les séquelles à long terme et j’ai fait confiance aux médecins.» Dans le même temps, sa femme, sa famille et ses amis l’ont encouragé à se faire opérer. «Compréhensible, ils avaient peur pour moi.»

le parcours d’Éric après l’opération de la prostate

«Tout tournait autour de l’endroit où se trouvaient les toilettes»

Après l’opération, tout a changé, Éric l’a ressenti immédiatement: «J’étais totalement incontinent. Je ne pouvais plus contrôler mon envie d’uriner, je ne pouvais rien retenir.» Pourtant, Éric a été renvoyé chez lui après quelques jours, avec pour seul conseil de contacter la kinésithérapie.

«J’étais désespéré et je me sentais abandonné. Personne n’a pris de nouvelles, aucun soutien – je ne savais pas vers qui me tourner», se souvient Éric. Il prend des médicaments qui n’aident que partiellement contre l’incontinence et se retire de plus en plus socialement. «Tout tournait autour de l’endroit où se trouvaient les toilettes; je ne sortais plus sans protections.» Il avait honte, se sentait enfermé dans son propre corps.

«Ce n’était pas seulement la perte de la sexualité, c’était le sentiment de ne plus être entier.»

Eric

Retour à la vie

Éric décide de chercher un urologue par ses propres moyens et trouve un spécialiste qui lui «rend sa vie», selon ses mots.

Une prothèse spéciale est implantée dans sa vessie pour soutenir le sphincter urinaire. «L’opération a été douloureuse, mais elle en valait la peine. J’ai pu retrouver une vie sociale, aller au théâtre sans peur. Je me suis senti à nouveau humain.» L’opération a été psychologiquement une libération, un «retour à la vie».

 

Sexualité: perte, rêves, résignation

L’impuissance, par contre, a perduré – avec elle les questions lancinantes sur la masculinité et l’estime de soi. «Je rêve souvent d’érections – la nuit, tout semble normal. Mais au réveil, la réalité reprend le dessus. C’est comme si mon corps me rappelait dans ces rêves ce qui me manque», dit Éric.

Il souligne en même temps sa chance d’avoir une partenaire qui est trente ans plus jeune que lui, mais qui attache peu d’importance à la pénétration. «La tendresse et la proximité comptent plus que le sexe pour elle. Cela a sauvé notre relation.» Il comprend néanmoins que certaines relations échouent à cause de l’impuissance.

cancer de la prostate

La situation laisse également des traces sur lui. «C’est une charge – moins pour ma femme que pour moi. Je ne me sens souvent plus attirant. Cela ronge l’estime de soi, la confiance en soi.» Le travail psychologique sur sa sexualité modifiée a été long, ponctué de rechutes et de phases dépressives. «Ce n’était pas seulement la perte de la sexualité, c’était le sentiment de ne plus être entier.»

Il a essayé de nombreux médicaments – sans effet. Il n’a pas eu recours à une thérapie sexuelle, mais, avec sa femme, ils ont parlé ouvertement dès le début. Cette ouverture a aussi conduit à plus de proximité et de lien. «Aujourd’hui, nous vivons une autre forme de sexualité et avons trouvé de nouvelles manières de partager la proximité. La tendresse et la satisfaction sexuelle font partie intégrante de notre relation.»

Il entretient aujourd’hui avec sa femme une relation presque symbiotique. «Cette nouvelle situation est certainement un moteur supplémentaire, car mon impuissance nous concerne tous les deux et nous devons y faire face ensemble.»

«Dans la plupart des cas, le cancer de la prostate évolue lentement – on a la possibilité de respirer, de demander un second avis et de réfléchir soigneusement au bon chemin à prendre.»

Eric

Conseils aux autres personnes concernées

Son conseil principal? Ne pas prendre de décision trop rapidement. «J’aurais aimé avoir plus de temps et des informations complètes», dit Éric. «Dans la plupart des cas, le cancer de la prostate évolue lentement – on a la possibilité de respirer, de demander un second avis et de réfléchir soigneusement au bon chemin à prendre.»

Ne pas se laisser presser par l’entourage est crucial. «Au final, c’est ton corps, et c’est toi qui dois vivre avec les conséquences, pas les autres.»

Éric souhaite également plus d’ouverture dans les discussions avec les médecins, en particulier concernant les effets secondaires tels que l’incontinence et l’impuissance. «Ces sujets ne doivent pas être minimisés, parce qu’ils touchent profondément la vie et l’identité de nombreux hommes.»

Journaliste: Anna Birkenmeier
Date: 03.06.2026