De nou|veaux espoirs dans le traite|ment du cancer de l’ovaire
Cancer gynécologique

De nou­veaux espoirs dans le traite­ment du cancer de l’ovaire

Experte en cancer de l'ovaire et en cancers gynécologiques

Prof. Viola Heinzelmann 
Médecin-cheffe en oncologie gynécologique 
à l’Hôpital universitaire de Bâle, 
coresponsable de la clinique gynécologique

Le cancer de l'ovaire est souvent diagnostiqué tardivement et représente un défi immense pour les personnes touchées. La Prof Viola Heinzelmann explique comment les traitements ont évolué, quel rôle jouent les tests génétiques et pourquoi demander un deuxième avis peut s'avérer utile.

En conversation avec Prof. Heinzelmann

Prof. Heinzelmann, depuis notre dernier entretien, un an et demi s’est écoulé. Qu’est-ce qui a changé entre-temps dans le traitement du cancer de l’ovaire?

Prof. Heinzelmann: La recherche a beaucoup évolué ces dernières années et de nombreux développements sont porteurs d’espoir. Dans l’ensemble, nous pouvons dire que les pronostics sont aujourd’hui nettement meilleurs qu’il y a quelques années. De nombreuses patientes vivent plus longtemps avec la maladie, qui tend même parfois à devenir une affection chronique que l’on peut maintenir stable sur une longue période.

C’est pourquoi la qualité de vie prend une place de plus en plus importante, au même titre que le traitement. Des thématiques comme la «survivance» – c’est-à-dire vivre avec et après un cancer – gagnent en importance. De nouvelles recommandations ont d’ailleurs été élaborées à ce sujet ces dernières années.

 

Le cancer de l’ovaire est toujours diagnostiqué tardivement. Pourquoi en est-il ainsi et quelles conséquences cela a-t-il sur les possibilités de traitement?

Heinzelmann: Malheureusement, il n’existe à ce jour aucun dépistage fiable pour le cancer de l’ovaire. Dans les stades précoces, la maladie ne provoque généralement que des symptômes non spécifiques, si bien qu’elle est fréquemment détectée seulement lorsque la tumeur est déjà avancée. Cela implique une intervention chirurgicale plus lourde et rend une chimiothérapie inévitable.

«La biologie de la tumeur joue aujourd'hui un rôle bien plus important dans la décision thérapeutique.»

Prof. Viola Heinzelmann

Comment le cancer de l’ovaire était-il traité jusqu’à présent, et quelles étaient les limites de ces soins?

Heinzelmann: Le traitement standard du cancer de l’ovaire repose depuis de nombreuses années sur deux piliers centraux: une opération et une chimiothérapie postopératoire. Ce qui peut être très efficace. La difficulté réside cependant dans le fait que la maladie réapparaît souvent. Beaucoup de patientes répondent bien au traitement dans un premier temps, mais font par la suite une rechute, appelée «récidive».

 

Comment les possibilités thérapeutiques ont-elles évolué dans ce domaine?

Heinzelmann: Ces dernières années, les thérapies d’entretien ont gagné du terrain. Administrées après la chimiothérapie, elles peuvent parfois être poursuivies pendant plusieurs années afin de maîtriser la maladie le plus longtemps possible. Par ailleurs, la biologie de la tumeur joue aujourd’hui un rôle bien plus grand dans la décision thérapeutique. Les analyses génétiques et moléculaires permettent de mieux déterminer quel traitement est le plus indiqué pour chaque patiente, ce qui rend la prise en charge de plus en plus personnalisée.

Il est également pertinent de souligner que nous disposons aujourd’hui de plusieurs options thérapeutiques. Lorsqu’un traitement ne fait plus effet, nous pouvons souvent en adopter un autre. On peut imaginer cela comme une boîte à outils: selon la situation, nous choisissons celui qui est le plus adapté au moment donné. Cette approche progressive aide à contrôler la maladie le plus longtemps possible.

Cancer de l'ovaire et le traitement du cancer de l'ovaire

Et en cas de récidive?

Heinzelmann: Même en cas de rechute, les options sont aujourd’hui nettement plus nombreuses. Outre une nouvelle intervention chirurgicale ou une chimiothérapie, on a de plus en plus recours à des médicaments ciblés ou à la radiothérapie. Pour les patientes chez qui les traitements classiques ne font plus effet, de nouvelles approches sont actuellement à l’étude, notamment les conjugués anticorps-médicaments. Dans ce procédé, un médicament anticancéreux est acheminé directement dans les cellules tumorales via un anticorps. Beaucoup de ces traitements font l’objet d’essais cliniques et pourraient améliorer encore la prise en charge à l’avenir.

 

Quel rôle jouent les altérations génétiques dans le cancer de l’ovaire (p. ex. BRCA) et comment sont-elles détectées?

Heinzelmann: Les altérations génétiques jouent un rôle important dans le cancer de l’ovaire. Chez une partie des patientes, une prédisposition héréditaire est en cause, comme des mutations dans les gènes BRCA ou le syndrome de Lynch. Ces gènes sont normalement chargés de réparer les lésions de l’ADN. Lorsqu’ils sont altérés, le risque de développer certains types de cancer augmente, en particulier le cancer du sein et le cancer de l’ovaire.

C’est pourquoi nous accordons aujourd’hui une grande attention aux antécédents familiaux. Lorsque plusieurs cancers apparaissent dans une même famille, ou lorsque des maladies surviennent à un âge relativement bas, nous recommandons une évaluation génétique, généralement réalisée à partir d’une prise de sang et complétée par plusieurs consultations de conseil.

Le test génétique est important car il peut être déterminant, et pas seulement pour le traitement. Nous observons qu’à l’échelle mondiale, moins de femmes développent un cancer de l’ovaire parce que les familles à risque sont mieux identifiées aujourd’hui.

Les femmes porteuses d’une prédisposition génétique peuvent bénéficier de conseils ciblés. Dans certains cas, selon l’âge et la situation personnelle, une ablation préventive des trompes de Fallope ou des ovaires peut être recommandée pour réduire significativement le risque. Il est important que les résultats soient toujours discutés avec un·e spécialiste, afin de les comprendre et de les replacer dans leur juste contexte.

«Vouloir un deuxième avis n’est pas un signe de méfiance, mais montre que les patientes souhaitent s’informer au mieux.»

Prof. Viola Heinzelmann

Pourquoi solliciter un deuxième avis est-il souvent judicieux dans le cas du cancer de l’ovaire et qu’est-ce que cela peut changer?

Heinzelmann: Un deuxième avis peut être très utile dans le cas d’une maladie complexe comme le cancer de l’ovaire. Il offre aux patientes une sécurité supplémentaire et contribue à planifier le traitement le plus adapté. L’expérience du centre traitant est également primordiale. Depuis le début de cette année, les cancers de l’ovaire en Suisse ne doivent plus être opérés que dans des centres disposant du savoir scientifique adéquat et pratiquant au moins 20 interventions de ce type par an.

Les études montrent que l’expérience de l’équipe a une grande influence sur les résultats du traitement. À l’USB, nous pratiquons plus de 50 de ces opérations chaque année. Les patientes ont donc tout à fait le droit de demander combien d’interventions un centre effectue et quelle expérience l’équipe possède dans la prise en charge de cette maladie.

 

Comment les médecins réagissent-ils·elles lorsque des patientes souhaitent recueillir un deuxième avis?

Heinzelmann: Il est tout à fait légitime que les patientes procèdent ainsi, et les médecins devraient l’accepter sans difficulté. Vouloir un deuxième avis n’est pas un signe de méfiance, mais montre que les patientes souhaitent s’informer au mieux. L’essentiel est qu’au final, la patiente ait confiance dans le traitement choisi et se sente entre de bonnes mains.

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Anna Birkenmeier
Date: 20.04.2026